@isis.hanford is blogging again
J'écris cet article dans le métro, le trajet est excessivement long et je suis debout
Avec toutes mes activités (écriture, dessin, cosplay etc) je me suis parfois demandé si j'étais "multi-potentielle", mais non. Une personne multi-potentielle" c'est une personne qui touche à tout, certes, mais surtout une personne qui découvre de nouvelles activités avec une certaine passion, qui apprend, approfondit, et progresse jusqu'à obtenir un certain niveau (~intermédiaire) avant de passer à autre chose. Douée en tout, excellente nulle part, la personne multi-potentielle est une artiste en herbe, sans passion définie. Ce n'est pas mon cas.
On peut dire que, jusqu'à 2020 environ, j'étais plutôt à l'opposé : concentrée sur une seule tâche ou passion, je prenais mon temps, me coupais des distractions, et j'apprenais, à mon rythme, en évitant autant que possible de toucher à ce que je ne maîtrise pas. Même si le dessin et le blogging ont toujours été fondamentaux pour moi, c'est l'écriture (fictionnelle) à laquelle j'ai d'abord consacré mon énergie, au point d'abandonner le dessin pendant quelques années, parce que j'étais trop mauvaise pour y perdre mon énergie (soyons honnêtes, j'avais juste la flemme d'apprendre le dessin académique, et le pire c'est que c'est toujours le cas).
À l'époque, j'avais l'habitude de dire que je n'étais pas douée de mes mains, que j'allais forcément faire des catastrophes si j'essayais - peinture, couture, cuisine. J'ai aussi passé des années à dire qu'il valait mieux ne pas avoir de plantes chez moi car j'allais les tuer...
Que s'est-il passé en 2020 ? Le writer's block. J'avais déjà renoncé au cinéma et à plein d'autres choses, n'ayant pas la force de me confronter à tous ceux qui veulent faire le même métier, mais à partir de l'été 2020, j'ai commencé à détester tout ce que j'écrivais, et j'ai arrêté d'écrire pendant 2 ans et demi (sauf fin 2020 quand j'ai dû écrire une nouvelle pour les cours, et je me suis bien amusée).
2 ans et demi, ça paraît beaucoup, quand on prend en considération que j'écrivais toutes les semaines, ou au moins tous les mois, avant. Mais en soi, ce n'est pas si énorme. Ce qui est plus embêtant, c'est que je n'ai jamais vraiment repris l'écriture depuis. J'écris, oui, mais par périodes, quand je suis inspirée ou quand je n'ai rien d'autre à faire. Je me suis forcée à "produire" un chapitre par mois au cours de l'année écoulée, avant de faire un hiatus de plusieurs mois parce que la vie était trop prenante (j'ai rattrapé ce retard, mais ça donne une idée de mon rythme inconsistant).
Donc, en 2020, j'ai commencé à faire plein d'autres choses pour fuir l'écriture (ou juste parce qu'elles me faisaient du bien) : investir vraiment le dessin, peindre, coudre, cuisiner, jouer de la guitare et du ukulélé, apprendre le japonais (entre autres), m'intéresser aux sciences naturelles, etc. Et cette effervescence ne m'a pas quittée depuis.
J'aime toucher à tout, j'aime créer, j'aime apprendre. J'aime me dire "Je suis une débutante", et ce n'est pas grave si je fais n'importe quoi. Je fais ça pour m'amuser. C'est gratuit, c'est ludique, c'est thérapeutique. Je dessine des fanarts de séries d'animation le soir avec mon thé et mes vidéos YouTube en fond. Ça me calme, ça régule mes émotions et je ne me vois pas continuer sans.
Alors oui... Je suis une débutante. Une débutante dans tout, y compris des domaines que je pratique depuis plus de quinze ans. Je progresse au rythme d'une fourmi et je n'ai pas vraiment de domaine d'expertise.
(En fait, plus j'écoute mes amis plus je me rends compte que si : je suis douée dans la critique cinéma, dans l'analyse et dans l'explication. Ça tombe bien parce que j'en ai fait mon métier, je ne vais pas cracher dessus. Mais la création, autant que mon engagement écologique d'ailleurs, ce sont des choses tellement fondamentales pour moi que le peu d'efforts que je suis prête à y mettre me désespère).
Je pense qu'apprendre qu'on doit "se battre" pour porter professionnellement ses idées, ça m'a toujours déçue et freinée dans mes efforts. Et pourtant j'ai passé ma vie à être en tête de classe - parce que j'étais sérieuse, parce qu'on attendait quelque chose de moi et je ne voulais pas décevoir. Le monde du travail est complètement à l'opposé de cela. On n'attend rien de toi, tu es remplaçable. Si tu n'as pas les réseaux, ou la détermination, ou les idées, alors quelqu'un d'autre le fera mieux que toi. Alors la création est devenue une autre performance - il faut non seulement décupler ses efforts, mais aussi être capable de se vendre ou de faire des compromis. Je ne parle pas seulement de "l'art VS l'industrie", je pense qu'il y a fondamentalement une dissonance dans la manière dont on conçoit la création.
Pour moi, comme pour beaucoup de monde je suppose, l'écriture a d'abord été une échappatoire. J'étais terriblement anxieuse, ma vie familiale était chaotique, alors je passais mes mercredis midi toute seule, au collège, à écrire assise sur un rebord de fenêtre en attendant mon cours de théâtre (où l'on m'avait bien sûr inscrite pour travailler mes aptitudes sociales, et où je restais seulement pour raconter des histoires).
L'écriture est devenue une part fondamentale de moi-même, parce qu'elle m'a aidée à me construire, à grandir. Parce que je l'ai avant tout perçue comme un apprentissage - Je pouvais faire des erreurs d'orthographe, de mise en scène, tout cela n'était pas un problème sur les forums d'écriture. On s'envoyait des conseils et des encouragements. On savait qu'un jour, on réaliserait notre rêve de partager nos personnages avec le plus grand nombre.
Mais arrivée à l'âge adulte, l'échappatoire est devenue une autre forme d'évaluation. Une évaluation dans laquelle on n'a pas le droit à l'erreur. La phase d'apprentissage, l'exploration est passée. Maintenant sens-toi coupable de ne pas avoir écrit assez.
Alors j'ai abandonné. Pas l'écriture ni la création, mais l'envie d'en faire mon métier. Je ne veux pas être la meilleure dans un monde qui ne veut pas de moi. Je voudrais juste qu'on me laisse une chance - ma chance de grandir, de partager ma voix. En d'autres termes, de raconter des histoires.
Parce que comme l'éducation, la créativité devrait être gratuite et obligatoire. On devrait nous pousser à donner le meilleur de nous-mêmes - pas pour ramer à ramener trois francs 6 sous à la maison mais pour devenir des citoyens et partager ce qui fait notre humanité.
Et je sais que mon analogie ne marche pas, que l'école est soumise à la même logique capitaliste que le reste de la société, en pire parfois. Mais j'aimerais croire qu'un autre système est possible.
Et réaliser mon rêve
Raconter des histoires.